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  • : Les livres de Sara
  • : De la lecture, du second degré, et parfois de la littérature !
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J'en suis...

 

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 23:00

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41XVjfQwMAL._AA278_PIkin4,BottomRight,-46,22_AA300_SH20_OU08_.jpgLes pauvres gens est un roman épistolaire, le premier écrit par Dostoiveski... Et l'un de mes premiers classiques lus sur ma kindle *momentd'émotionavectrémolosdanslavoix*

Un peu d'histoire...

Macare Alexéïevitch Diévouchkine, un vieil homme, écrit a sa jeune voisine, parente éloignée pour lui apporter son soutien. Jeune femme pauvre, Varvara Alexéïevna Dobrossiélova est malade. Ils habitent dans deux immeubles délabrés de Saint-Pétersbourg. Le vieil homme va lui apporter tout le réconfort possible: lettres bien sûr, bonbons, livres, un peu d'argent... Rapidement il tombe dans la déchéance la plus totale. Ses vêtements sont rapiécés et il s'adonne à la beuverie de temps à autre, pour oublier le poids des dettes. Dans l'immeuble où il réside, il est rejeté par les autres. De son côté, la pauvreté de la jeune femme ne fait que s'accentuer...

 

Un peu d'avis....

Ce roman de Dostoievsi qui ne ressemble à aucun autre. Tout d'abord, peu de personnages, et ça, c'est un peu une révolution dans l'univers de l'auteur qui aime brosser de véritables microcosmes. Certes, l'écrivain ne se contente pas d'évoquer les deux personnages et nous évoque aussi leur entourage, mais l'action est essentiellement centrée sur ces deux héros. Des héros que, d'un premier abord, rien ne relie... Certes il y a bien cette parenté mais on comprend très vite qu'elle est quasiment inexistante: c'est un prétexte pour le vieil homme d'aider la jeune fille qui sombre dans la misère et la maladie.

Les lettres, au début un peu solennelles, prennent un tour plus personnelle, et certaines sont de véritables mises en abyme. Ainsi Varvara va raconter au vieil homme son enfance et surtout son grand amour pour un jeune homme qui habitait dans la chambre à coté de la sienne. Un enchantement. Dostoievski est un incomparable conteur et nous fait rentrer dans l'intimité de ses personnages avec une délicatesse extraordinaire. L'âme de ses deux êtres - purs comme de l'eau- se révèle ainsi à chaque page : ils ne se jugent pas, même au coeur de l'enfer. Un enfer qui ne se limite pas à la pauvreté, mais plutot aux non-dits qui parsèment l'oeuvre. Chacun des deux personnages scellent en son âme des sentiments, des attentes, des doutes. Il suffit parfois d'une phrase, d'un mot, jeté en apparence au hasard, pour comprendre que ce qui se joue entre ces deux êtres se situe au-delà des mots.
 
Ode à l'amitié, au partage, à la générosité - vrai sens du mot "amour", cet échange épistolaire est donc surtout une ode à la littérature. Chaque personnage essaie en effet d'exprimer au plus près ses sentiments dans ses lettres, sans jamais y parvenir réellement. Car la littérature, au fond, n'est-ce pas cette volonté de dire ce qui ne peut être dit, d'aller toucher cet au-delà du langage, ce point tortueux où l'esprit de l'homme croit saisir quelque chose dont il ne comprend pas lui-même tous les enjeux ? Macare, dans la dernière lettre confie ainsi : "Vous savez, je ne sais même plus ce que j'écris, je ne sais plus rien, je ne me relis même pas, je ne me corrige pas. J'écris seulement pour écrire, pour m'entretenir avec vous un peu plus longtemps".  Un récit simple, émouvant et malgré tout très lumineux.  
Ce billet a été publié dans le cadre du challenge "Un classique par mois" initié par Cess et repris par Stéphie.    
http://www.milleetunefrasques.fr/wp-content/uploads/2014/01/Challenge-classique-4.jpg
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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 06:49


http://thefrenchbooklover.hautetfort.com/media/00/02/3096938721.jpgUnique de roman de Constance de Salm, qui tint un salon littéraire réputé au XIXe siècle, Vingt-quatre heures d'une femme sensible inspira Zweig.

 Un peu d'histoire...
Une femme est amoureuse d'un homme qu'elle ne peut épouser tant qu'il n'a pas le fortune  nécessaire. Son oncle, un prince, est le seul à pouvoir l'aider. Mais tout bascule lorsque la narratrice aperçoit un soir, au sortir de l'opéra, son ami prendre une voiture avec une autre femme: Mme B. Craignant d'être trompée, elle commence à écrire une série de lettres à son ami. Tour à tour hallucinée, éperdue, désespérée, la crainte d'avoir perdu l'être aimé la mène aux confins de la folie. D'autant que dans la ville, une rumeur se répand bien vite : son amant et cette femme se seraient mariés en secret...

Un peu d'avis... 
24 heures, 44 lettres. Dans ces lettres, la narratrice passe par tous les panels de la jalousie: de la hargne au renoncement, de l'incompréhension à l'abnégation, du pardon à la folie... Les lettres se succèdent et évidemment toutes ne seront pas envoyées, loin de là. De l'amant concerné, nous n'aurons jamais de réponse car la jeune femme enchaine les lettres pendant que l'amant, lui, reste muet. Dans ces lettres, c'est l'amour absolu, total d'une femme qui est relaté. La narratrice, folle de son amant, ne peut imaginer une seule seconde qu'il la quitte pour cette Mme B. En attendant d'avoir une explication de son amant, qui reste introuvable, elle envoie son serviteur Charles porter les lettres. Un de ses amis viendra aussi à son secours pour l'aider à savoir si ces rumeurs disent vraies...    
Le lecteur se laisse emporter par ce récit à l'intrigue mince mais admirablement menée. On aurait pu craindre une répétition inlassable de sentiments mièvres. C'est tout le contraire. Constance de Salm peint la passion dans toute sa splendeur et son horreur. L'écriture, pudique et sensible, est une véritable merveille. Le lecteur se laisse emporter par la beauté du style mais aussi par les découvertes sucessives de la narratrice. Constance de Salm ne ménage pas sa jeune narratrice - à laquelle on s'attache vite tant elle parait pure- et elle va, tout au lonf de ce court récit, avoir un certain nombre de révélations, notamment dans les dernières pages.  
Derrière les affres du coeur, Vingt-quatre heures d'une femme sensible offre surtout la description d'une monde terrifiant : une société où les rumeurs dominent les relations à autrui, où le mariage n'est pas une question d'amour mais de classe, où les passions ne doivent pas s'afficher lorsqu'elles sont hors mariage... Nous sommes à ce niveau-là bel et bien en 1824. En un mot, un roman épistolaire subtil et délicat qui offre un tourbillon d'émotions au lecteur. Une vraie découverte qui mérite d'être lue et relue...
Extrait
 "L'amour !... Qu'est-ce que l'amour ?... un caprice, une fantaisie, une surprise du coeur, peut-être des sens ; un charme qui se répand sur les yeux, qui les fascine, qui se s'attache aux traits, aux formes, aux vêtements même d'un être que le hasard seul nous fait rencontrer. Ne le rencontrons-nous pas ? Rien ne nous en avertit, ne nous trouble...nous continuons de vivre, d'exister, de chercher des plaisirs, d'en trouver, de puirsuivre notre carrière comme si rien ne nous manquait !...L'amour n'est donc pas une condition inévitable de la vie, il n'en est qu'une circonstance, un désordre, une époque...que dis-je ? un malheur ! une crise... une crise... terrible... elle  passe, et voilà tout".

L'avis de Stéphie.

 

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 05:50

http://librairtaire.fr/wordpress/wp-content/uploads/2010/09/La-Venus-a-la-fourrure.jpgC'est parti pour découvrir l'oeuvre culte ahum, parue en 1870, de celui qui donna son nom au masochisme...

 

Un peu d'histoire...

Tout commence par un rêve : le narrateur se souvient d'avoir fait un rêve étrange, celui d'une rencontre avec une femme sublime, sorte de Vénus romaine. Cette femme lui confiait : " Vous appelez cruauté, ce qui fait l’élément propre de la sensualité et de l’amour pur, la vraie nature de la femme : se donner où l’on aime et aimer tout ce qui plaît". A son réveil, l'homme est interloqué par ce rêve étrange et décide de le raconter à son ami Séverin. Ce dernier lui confie que ce que cette femme lui a dit en rêve est vrai. Il lui remet alors son journal intime intitulé Confessions d’un suprasensuel. Le narrateur, en même temps que le lecteur, découvre dans ce journal le passé insoupçonné et insoupçonnable de Séverin. Celui-ci y relate sa passion sulfureuse pour la sublime Wanda von Dunajew, une jeune veuve.

Cette femme est une collectionneuse d'amants qui a pour seul principe le plaisir...Mais avant d'arriver dans son lit, il faut montrer une certaine détermination. Plus elle le fait languir, plus Séverin devient fou: il développe ainsi plus qu'un sentiment à son encontre mais une véritable soumission. Pour parvenir à ses fins, Séverin décide de rédiger un contrat : il s’engage à être le domestique de Wanda et a subir dans la joie et l'allégresse les plus viles humiliations pour la satisfaire. En échange, la jeune femme devra revêtir la fourrure que Séverin aime temps avant de s'adonner au plaisir.... La jeune femme est d'abord révoltée par cette proposition mais finalement, elle accepte le contrat. Avant de partir en Italie,  elle décide donc d'emmener Séverin avec elle mais pas en tant qu'amant, comme il le croit mais en tant que domestique. Le jeu de rôles peut commencer...


Un peu d'avis.... 

Ce petit livre est un soi une curiosité que je ne regrette pas d'avoir découvert. Dans cette relation qui nous est contée, Sévenin incarne l'agneau inoffensif alors que Wanda a tout de la femme fatale diabolique. Ce n'est pas un hasard si Manon Lescault est cité à plusieurs reprises... L'union de ces deux êtres est étrange et suscite l'intérêt du lecteur à bien des égards : d'abord parce qu'il aura envie de baffer Séverin à moult reprises, de s'étonner face aux humiliations dont il est victime ou de rire à ses lubies comme celle la fourrure. La versatile Wanda, quant à elle, ne cesse de jouer avec ses nerfs comme avec sa queue  son désir. Pour soi-disant attiser la flamme, elle multiplie les incartades, n'hésitant pas à se donner à d'autres hommes. Quant elle retrouve Séverin, le seul homme qu'elle dit aimer, c'est pour le fouetter, le faire pincer par ses domestiques ou l'avilir en faisant de lui un simple valet. Pendant ce temps Sévenin, lui, est aux anges, bien évidemment... Cette peinture étrange de l'amour étonne autant qu'elle amuse mais en cela, elle se révèle assez intéressante.

Evidemment les caricatures se cotoient dans ce récit qui pourra, à cet égard, un peu agacé le lecteur. On se demande comment Séverin fait pour être aussi naif... Il est surprenant de constater que Sacher-Masoch joue là-dessus : il ne semble à aucun moment vouloir faire "vrai". Rien, dans ce récit, ne paraît réel : les jeux de dupes, de déguisements et de rôles transportent le lecteur dans un monde factice, proche du carnavalesque. On se croirait dans une gigantesque pièce théâtrale où finalement chacun change de role, de statut parce que tout le monde cherche sa place dans ce monde; surtout la femme d'ailleurs. En effet, n'oublions pas la plus grande inversion du récit réside dans le fait que c'est la femme qui est la "maîtresse" et Sévenin le "soumis"... Wanda est le type de femme forte, hédoniste et sûre d'elle.

C'est à croire que Sacher-Masoch était plus moderne que toutes ces greluches d'écrivaines actuelles qui mettent en scène des morues écervelées aux prises avec des milliardaires qui se révèlent mous de la tige dès qu'on enlève les chaînes. Une modernité indéniable qui éclate dans les dernières pages du roman quand le narrateur affirme au sujet des relations hommes-femmes: "C'est que la nature de la femme et le rôle que l'homme lui donne actuellement font d'elle son ennemie: elle ne peut être que son esclave ou son tyran mais jamais sa compagne. C’est seulement lorsqu’elle lui sera égale en droits, quand elle le vaudra par l’éducation et le travail, qu’elle pourra le devenir. Etre le marteau ou l’enclume, nous n’avons pas d’autre choix aujourd’hui." 

 Niveau cul-quéquette-et-branlettes sexe, le récit est plutôt pauvre : on est davantage dans de l'érotisme...et encore très léger. Au mieux, on parle de caresses exquises, de baisers voluptueux. Bref pas de quoi choquer Oui-Oui... Le contrat signé entre chacun des parties parait d'ailleurs bien innocent au lecteur du XXI e siècle. Soyons honnête, j'ai attendu tout au long du roman, des scènes osées et un vocabulaire un peu plus disons "ciblé". Mais Sacher-Masoch n'est pas Sade et je n'ai donc pas vu l'ombre d'un "vit", ni même entendu quelqu'un "décharger". L'écriture de Sacher-Masoch est délicieusement subtile, fine mais un laissera le lecteur sur sa faim. En gros, si vous cherchez des déchainements sulfureux, des poils, de la sueur et du sperme, et bien vous pourrez repasser. L'intérêt est ailleurs et il est bien réel...Un récit à savourer comme une curiosité: un récit unique en somme.         

 

Et pour accompagner, voici la chanson culte qui s'inspire de l'oeuvre de Sacher-Masoch :

Ce billet a été publié dans le cadre du "premier mardi c'est permis" initié par ma copine Stéphie

 

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 09:04

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRTAt355deMB5NwZmYg6TN5h-sLDqUGei2Keztq2pgLBEalwsopZAJ'avais été moyennement emballée par La Femme gelée, je continue pourtant ma découverte de cette auteure. Obstination telle est mon nom...

 

Un peu d'histoire...

Le roman commence avec la réussite de la narratrice aux  épreuves pratiques du Capes : elle devient donc professeur. Mais rapidement, un autre évènement est raconté : la mort de son père à Yvetot. C'est sur cette mort qu'Annie Ernaux entame une plongée dans le passé. La narratice évoque l'enfance paysanne, la vie ouvrière. Un jour, les parents décident d'ouvrir un petit commerce qui vend un peu de tout. Les parents commencent à gagner dignement leur vie et dans la famille, ils passent pour ceux qui ont réussis... et qui l'exposent. Mais en réalité ils sont restés simples et ne seront d'ailleurs jamais des matérialistes: ils n'ont que faire des choses. Ils travaillent, gagnent leur vie honnêtement et sont aprréciés de leurs clients. Une grande réussite quand on y songe. L'arrivée des grandes surfaces va évidemment grandement changer la donne. Mais n'importe : ils restent fidèles à leur petit commerce...et à leurs clients aussi. C'est donc dans cet univers que la narratrice grandit. Bien vite, la maitresse considère qu'elle est douée et l'encourage. Il est vrai que la découverte de la lecture a bouleversé la vie de la narratrice : comme son père l'a vite compris, elle a besoin des livres pour vivre. Dans la famille, ça ne va pas tarder à jaser, surtout quand elle poursuit des études après le lycée : ne pas travailler à 20 ans, c'est agir en petite fille gâtée ! Mais la narratrice est promise à un brillant avenir. Un écart se creuse entre les parents et cette fille étudiante, désormais gênée lorsqu'elle amène une amie à la maison parce que chez elle, c'est "simple"... 

 

Un peu d'avis...

Ernaux prévient tout de suite son lecteur : l'écriture sera sans fioritures. Elle fait bien de prévenir car effectivement, son style est d'une platitude affichée, avec quelques accointances avec celui de l'Administration française. Le but : dire vrai, et c'est tout. Le vrai est donc le contraire du beau ? Voilà un beau sujet encore un ! de philosophie... Personnellement je n'en suis pas si convaincue. Certes, le style correspond merveilleusement bien au tableau dressé : celle d'une France définitivement morte, avec ses petits commerces, ses petites gens; une vie remplie de petits riens en somme. Pour un peu, on aurait presque la larme à l'oeil de découvrir derrière la certifiée ce "rien", cette sorte de néant culturel où l'on se moque du savoir-vivre comme des choses. Tout cela n'a aucune importance pour ces gens-là dont l'intérêt réside ailleurs : dans la famille pas mal, dans le travail surtout.

Evidemment on peut s'agacer de ce tableau familial un poil stéréotypé, et surtout à travers lui, de cette France obsolète - pour ne pas dire inconnue- que l'on regarde évoluer avec curiosité, fascination mais sans nostalgie ni regret. Certes l'éloge de cette simplicité est émouvant, mais d'autres n'ont ont fait déjà fait le coup de l'intellectuel issu du bas peuple simple, bon, travailleur. Comment ne pas penser au chef d'oeuvre de Cohen, Le livre de ma mère ? Et là impossible de rivaliser avec celui qui a pris le parti-pris inverse de celui d'Ernaux : il a écrit pour sa mère un livre total, à la fois ode, récit, poème. Un livre magistral en somme. La Place souffre forcément de cette comparaison...

Malgré tout, Ernaux livre un témoignage touchant dans ses petits "riens" justement. Au détour d'une parole, d'un geste, d'un refus, on découvre avec elle ce père tellement "normal" -qui à l'époque n'était en rien une insulte. La Place ne sera sans doute pas un récit inoubliable pour moi et je crois qu'on le surestime vraiment. Mais cela reste joli et gracieux dans l'ensemble, surtout lorsque l'on songe qu'Ernaux redonne une "place" à ce père à travers ce livre: une place dans sa vie, certes mais surtout une place dans son oeuvre, et donc dans la littérature.

 

Extrait :

"Devant les personnes qu'il jugeait importantes, il avait une raideur timide, ne posant jamais aucune question. Bref, se comportant avec intelligence. Celle-ci consistait à percevoir notre infériorité et à la refuser en la cachant du mieux possible. Toute une soirée à nous demander ce que la directrice avait bien pu vouloir dire par : « Pour ce rôle, votre fille sera en costume de ville. » Honte d'ignorer ce qu'on aurait forcément su si nous n'avions pas été ce que nous étions, c'est-à-dire inférieurs.
Obsession : « Qu'est-ce qu'on va penser de nous ? » (les voisins, les clients, tout le monde).
Règle : déjouer constamment le regard critique des autres, par la politesse, l'absence d'opinion, une attention minutieuse aux humeurs qui risquent de vous atteindre". 

Les avis de  ClaraSaxaoul et de Listesratures
 
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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 22:00

http://myboox.f6m.fr/images/livres/reference/0001/12/jours-sans-faim-delphine-de-vigan-9782290013380.gifJ'avais adoré Rien ne s'oppose à la nuit, apprécié No et moi... Il était temps de découvrir ce premier roman de Delphine de Vigan...

 

Un peu d'histoire...

Laure, une jeune fille de 19 ans, vient d'intégrer le service gastro-entérologique d'un hopital. Ne pesant plus que 36 kilos pour 1m75, le docteur Brunel l'a prévenue : la mort peut survenir d'un moment à l'autre. Laure a tous les symptomes de dénutrition : elle a froid perpetuellement, une duvet s'est installé au-dessus de ses lèvres Entre la vie et la mort, la jeune fille ne sait que choisir... Il y a peu de choses qui la retiennent encore : son père exerce une violence psychologique, sourde mais bien réelle; sa mère souffre de graves troubles psychiatriques. Heureusement qu'il y a Louise, sa jeune soeur et son amie Tad: mais cela sera-t-il suffisant pour donner à Laure l'envie de rester  en vie ? C'est là, dans une chambre où elle a la chance d'être seule que Laure va devoir réapprendre à vivre, entre les malades du foie, les obèses, et les autres.... anorexiques.

 

Un peu d'avis...

C'est l'histoire d'une jeune fille qui en croyant prendre le contrôle de sa vie, de son corps l'a en fait totalement perdu. La maladie s'installe de manière insidieuse et la conduit inextricablement vers la mort: on commence à faire attention à ce que l'on mange et on termine par s'envoyer une salade et une soupe deshydratée par jour. Laure a commencé à voir le regard des gens changer, et même à se noyer de larmes à sa simple vue. La jeune fille  ne veut pas exister;  d'ailleurs pendant une trentaine de pages, elle n'a aucune identité. Puis son prénom apparait, et avec -ce qui est ô combien symbolique- celui de ce que l'on pourrait nommer son sauveur : le docteur Brunel.

Pendant tout le reste du livre, Laure se rattache à lui pour ne pas sombrer dans les vapeurs de la maladie, dans l'abandon de la mort. Lui, il joue les repères que Laure a perdu ou n'a jamais eu : il est le père, la mère, le frère, l'ami. En un mot, il devient son monde. A travers sa relation avec le médecin, on comprend la solitude de cette jeune fille. Laure a bien son amie Tad, ainsi que sa soeur, mais la solitude est moins un fait qu'un état d'esprit. Au milieu de son reste de famille, de ses amis, la jeune fille se sent seule. C'est donc avant tout le drame de la solitude que nous raconte De Vigan: celle de Laure bien sûr mais pas seulement.

Car tous les patients -même "la bleue", cette dame insupportable pleines de blabla et de préjugés - sont seuls. D'ailleurs, dans ses heures vides, Laure écrit des lettres à la "bleue" tout en sachant qu'elle ne lui enverra jamais. Il y a aussi Farida qui en est à son cinquième séjour et qui ne se nourrit que de soaps américains; et toutes ces jeunes filles qui défilent : elles arrivent et partent tout en sachant qu'elles reviendront quand elles seront redescendues en-dessous du poids critique.

Au final, c'est un livre sans complaisance qu'a écrit De Vigan. Le personnage de Laure est tour à tour attachant et énervant, adolescent ou très adulte... C'est un peu le chainon manquant de Rien ne s'oppose à la nuit et s'il n'est pas aussi beau, il mérite tout de même qu'on s'y attarde. 

 

Extrait  : 

«  Laure déballe à ses pieds, par petits paquets compacts, cette faim de vivre qui l’a rendue malade, elle le comprend maintenant, cet appétit démesuré qui la débordait, la débraillait, ce gouffre insatiable qui la rendait si vulnérable. Elle était comme une bouche énorme, avide, prête à tout engloutir, elle voulait vivre vite, fort, elle voulait qu’on l’aime à en mourir, elle voulait remplir cette plaie de l’enfance, cette béance en elle jamais comblée. Parce qu’il faisait d’elle une proie offerte au monde, elle avait muré ce désir dans un corps desséché, elle avait bâillonné ce désir fou de vivre, cette quête absurde, affamée, elle se privait pour contrôler en elle ce trop-plein d’âme, elle vidait son corps de ce désir indécent qui la dévorait, qu’il fallait faire taire. »  

 

Les avis de Liliba, Leil, Anne, Mango.

 

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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 08:39

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRrxpd9W4ZxzqNS322MX8UBV6OW5QGcnEyHVZQdKTs01BE9iI-gC'est parti pour un récit classique de Zweig que j'ai peu lu, et c'est un tort.

 

Un peu d'histoire...

Dans ce court roman, on découvre la lettre d'une jeune femme, admiratrice de son voisin, un écrivain célèbre. Tout commence lorsque cet écrivain s'installe dans un bel appartement à Vienne. Sa jeune voisine, âgée de 13 ans, réside dans l'appartement en face où elle s'ennuie ferme. Dès qu'elle le voit, elle est de suite attirée par l'écrivain, sa vie, ses conquêtes et va l'épier pendant de nombreuses années. Contrainte de déménager suite au remariage de sa mère, l'adolescente a le coeur brisé. Plusieurs années plus tard, elle recroise l'écrivain qui, évidemment, ne la reconnaît pas. Ils vont passer ensemble trois nuits qui vont marquer la vie de la jeune femme à jamais...

 

Un peu d'avis...

Rien de nouveau dans l'histoire de Zweig : l'amour passionnel d'une jeune fille solitaire pour son voisin. Mais cette histoire banale est, à l'image de son héroine, absorbée, emportée, ravagée par les mots de l'écrivain. Voilà la définition de ce récit : une mise en abyme parfaite. L'intensité vient de l'écriture de Zweig, simple et forte à la fois. Il n'épargne rien aux lecteurs de cette passion complètement néantisante : l'héroine devient l'ombre, le rien, ce point focal ignoré autour duquel ne tourne que l'écrivain. C'est quand le lecteur pense avoir compris la teneur de cet amour qu'il est revisité par un adjectif, une image, un détour. L'auteur nous emmène aux confins de cette passion qui tantôt s'acoquine de la folie, tantôt épouse la servitude. Par amour, cette femme est prête à tout : aucun sacrifice, aucun stigmate, aucun avilissement n'est suffisant selon elle. Voilà un texte qui ravit autant qu'il fait peur. Et comme les histoires d'amour finissent mal en général, Zweig ne joue pas avec les attentes du lecteur :pas de fin heureuse, de retrouvailles merveilleuses et désirs complètement assouvis. C'est à l'orée de la tragédie que la jeune femme confie enfin cet amour à jamais enterré. Une histoire douce et profonde, tendre et veneineuse, un mélange  troublant. Voilà un récit qui me hantera longtemps. 

 

 

Extrait :

"Rien sur la terre ne ressemble à l'amour souterrain d'une enfant de l'ombre, parce qu'il est désespéré, servile, soumis, attentif et passionné comme jamais ne pourra l'être l'amour d'une vraie femme, laquelle, pour si vif que soit son désir, n'a pas moins de secrètes exigences. Seules les jeunes filles solitaires sont capables de garder entièrement pour elles leurs passions : les autres disséminent leur sentiment à la ronde et l'émoussent en confidences ; elles ont beaucoup entendu parler de l'amour et beaucoup lu, elles savent que c'est la chose du monde la mieux partagée. Elles s'en amusent comme d'un jouet, elles s'en vantent comme les garçons de leur première cigarette. Mais moi, je n'avais personne à qui me confier, je n'avais personne pour m'instruire et m'avertir, j'étais ignorante et sans expérience : je me suis précipitée dans mon destin comme dans un abîme. Tout ce qui grandissait et s'épanouissait en moi n'avait que toi pour confident : mon père était mort depuis longtemps ; ma mère, avec son perpétuel air morose et ses éternels soucis de veuve qui n'a que sa pension pour vivre, m'était étrangère ; les filles de l'école, à demi perverties déjà, me dégoûtaient parce qu'elles jouaient à la légère avec ce qui était pour moi la passion suprême. C'est ainsi que je dirigeais sur toi seul ce qui d'ordinaire se morcelle et se partage, je focalisais sur toi tout mon être pelotonné et bouillonnant d'impatience. "

 

L'avis de Cécile, de Malice, de Hérisson, de Stéphie et de Moka.


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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 06:13

 http://www.images-booknode.com/book_cover/198/la-douce-198160-250-400.jpgJ'aime d'amour Dostoievki, auteur exigeant mais passionnant aussi, a publié cette nouvelle, dans Le Journal de l'Ecrivain en 1876. Comme toujours, il cherche à percer à jour l'âme humaine avec une terrifiante acuité... 

 

Un peu d'histoire 

Fin du XIXe siècle, en Russie, un homme est au pieds du lit conjugual sur lequel git sa femme suicidée... Il commence alors un long monologue qui vise à rassembler  les souvenirs de sa vie conjugale afin de remonter aux prémisses de la lente dégradation de leurs noces. Cet homme de 41 ans, prêteur sur gages, est un ancien militaire, exclu de l'armée pour lacheté avérée. Il a depuis consacré son temps à faire fortune aux détriments des plus démunis. C'est dans cette antichambre de l'enfer qu'il a rencontré sa future femme, une pauvresse de 16 ans. Touché par la jeune femme, il l’a épousée afin de la sortir de la pauvreté. Mais entre les époux, l'incompréhension domine dès le départ : lui, insensible à ses charmes ; elle qui veut le séduire. Rejetée, elle se laisse séduire par un militaire de l'ancien régiment de son mari... De vexations en humiliations, le fossé entre les deux époux se creuse petit à petit, toujours plus intense et plus profond jusqu'au drame final.

 

Un peu d'avis....  

Dans un style toujours très sobre, Dostoievski livre un monologue âpre sur l'âme humaine. L'homme essaye de comprendre l’échec de son couple, interroge une culpabilité à laquelle il a tant de mal à faire face. Ce court monologue questionne donc l’amour, la manière dont il est vécu, -très différemment- par les deux personnages. D'ailleurs s'aiment-ils vraiment ? C'est tout l'enjeu du monologue... Au cours d'une dispute -finale- particulièrement terrible, on aura quelques réponses : il s'agit d'un amour à la fois passionné, total mais aussi teinté de rancoeur, de sadisme, de haine. Elle, si jeune, voulait être aimée de manière absolue ; lui, si réservé, voulait une amitié prudente.  

L'enjeu de la nouvelle se situe pourtant autre part que dans la description de cet amour. C'est surtout l'âme humaine qui est au coeur du texte. Comme souvent chez Dostoievski, les personnages interpellent. Ici, on demeure dans l'interrogation jusqu'au bout : qui est cet homme ? Est-il vraiment ce lâche, incapable de faire face ? Et surtout, pourquoi a-t-il épousé cette jeune femme? Et elle, qui est-elle ? Et pourquoi a-t-elle accepté ce mariage qui est davantage un arrangement ? Rien n'est clair, tout est ambigu...

Car plus on avance, moins l'homme apparait être le médiocre qu'il semblait être au début. Dépassé par tout ce qui relève de l'âme et du coeur, il devient un personnage sublime dans les dernières pages:  il refuse de renoncer. Quant à sa femme, douce écervelée, elle prend une dimension supérieure par son suicide même. Acte de renoncement, son geste est aussi révolte contre une société dans laquelle la femme est perpetuellement dénigrée. Son suicide est avant tout l'acte d'une femme qui ne veut pas renoncer à ce qu'elle est, à sa vision de l'amour. A la fois magnifiques et stupides, les personnages restent un mystère, ce qui confine au tragique lorsqu'ils se rencontrent, se confrontent l'un à l'autre pour finalement se détruire. Et c'est toujours du non-dit -et parfois de l'indicible- dans le couple que va naître l'horreur. 

L'avis de Violette  

 

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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 09:20

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J’ai relu pour la énième fois ce court roman dont décidément je ne me lasse jamais...

 

Un peu d’histoire...

Jeanne, sort du couvent et retourne donc habiter avec ses parents la maison familiale des Peuples, en pleine campagne normande. Elevée dans la douce langueur du couvent, Jeanne ne connaît pour ainsi dire rien de la vie. En âge de se marier, elle rêve souvent d’amour quand elle se retrouve seule dans sa chambre. Elle pense souvent à son futur mari : elle se plait à imaginer une sorte de prince charmant, un homme sans défaut qui l’aimerait à la folie. Par l’intermédiaire du curé, elle rencontre un gentilhomme voisin, Julien de Lamare, que ses parents commencent à fréquenter. Le jeune homme, plutôt beau garçon, plait beaucoup à Jeanne. Visiblement sous le charme, il ne tarde pas à la demander en mariage et Jeanne accepte en pensant que c’est la première étape vers un bonheur inaltérable...  

 

Un peu d’avis...

Roman court et rythmé, Une Vie relate les déconvenues d’un mariage râté qui, s’il n’est pas arrangé, est tout de même conclu rapidement. Maupassant insiste sur les courtes ballades que font les jeunes gens et pendant lesquelles ils n’échangent quasiment aucune parole. Drôle de prélude pour un mariage heureux ! Jeanne et Julien ne se connaissent pour ainsi dire pas du tout et de cette méconnaissance découle un drame plein d’ironie. Le couple – de sa naissance jusqu’à sa mort - est passé au crible sous la plume féroce de Maupassant. A travers ce couple qui avait tout pour être heureux, l’auteur entend évidemment critiquer la société de son temps qui n’offre aucune éducation valable aux femmes. Jeanne est une jeune fille pleine de rêves et d’espoirs...et donc d’une sottise ahurissante. Le couvent ne lui a rien appris, hormis être docile envers son mari. Et ses parents ne lui diront pas autre chose la veille de son mariage. 

Aussi, dans ce roman, Jeanne va apprendre à devenir femme et donc à s’imposer, à prendre sa vie en mains, à devenir indépendante - de corps, d’esprit- et cet apprentissage sera laborieux, et souvent très douloureux. Adorée, choyée, couvée par ses parents, Jeanne a idéalisé sa vie de femme comme sa consœur Emma, dans l’œuvre du maître Flaubert, l’avait fait bien avant elle. Elle va devoir se confronter à la réalité de la vie, et surtout du couple dans ce qu’elle a de plus sordide. La nuit de noces est en cela l’une des pires nuits de noces jamais relatées dans un roman- exception faite – peut-être- de Thérèse Desqueyroux, l’héroïne de Mauriac. Maupassant ne sublime rien dans cette scène, dans ces actes auxquels la jeune fille n’était pas préparée. On peut aisément imaginer le choc pour une jeune fille lorsqu’elle ignore tout de ce qui l’attend...Ahum...

A ce niveau-là, Maupassant ne fait pas de demi-mesure et si dans Madame Bovary, la sexualité du couple était « suggérée » comme catalyseur de nombreux malheurs, ici elle est pleinement « évoquée » comme seule responsable de tout. Eduquée avec une haute idée de l’amour, Jeanne va découvrir ce qu’il peut avoir de bas, de mesquin. Heureusement, quelques moments heureux seront au rendez-vous lors du voyage de noces où dans un moment d’une grâce absolu, Maupassant nous fait comprendre que Jeanne connaît un orgasme tonitruant la joie dans l’amour. Mais ce sera la seule fois....bonjour le mariage de merde... 

De façon beaucoup plus nette que ces prédécesseurs, Maupassant prend le parti des femmes dans ce roman. D’un côté, nous avons la pure et innocente Jeanne, de l’autre Julien qui est un porc...d'ailleurs il a une tête de porc  homme vile. Car ce roman est aussi celui d’un démasquage : Julien s’y révèle, s’y étend, afin de tisser une toile autour de ses victimes –Jeanne en premier, ses parents ensuite, enfin les autres: lui si parfait dans les premières heures des fiançailles se révèle rustre, sans intelligence et renfrogné. Si Maupassant aime son héroïne, - comme on le perçoit fréquemment  dans le roman-, on peut dire que le romancier a l’amour vache ! Jeanne va mordre la poussière avec ce mariage  mais il n’est que le point de départ d’une vie bien riche... Et quelle vie !


 

Ce livre rentre dans le cadre du challenge de Cess.

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 11:15

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSKCoL9EuOzqGgdh9kMY-kM1VqFci8KXP16GTJXTFnRnxMt1cAtMoins connu que A Rebours, Là-bas est un court roman de Huysmans, un auteur pas si classique que ça...   

 

Un peu d'histoire...

Durtal, un écrivain vivant reclus, travaille à la rédaction d’une biographie de Gilles de Rais dont le lecteur peut suivre l’écriture. On découvre donc le parcours de Gilles de Rais - qui aurait inspiré Perrault pour le personnage de Barbe-Bleue- qui a combattu aux côtés de Jeanne d'Arc avant de devenir un tueur sanguinaire. Durant ses longues journées d'écriture, Durtal se contente de la compagnie de son chat de gouttière, Mouche. Célibataire endurci, il n'a pas une opinion favorable des femmes qu'il juge inférieures à l'homme. Attiré par la religion catholique, il n'envisage pas encore de se convertir mais y songe sérieusement. Cette existence bien réglée va être dérangée par l’arrivée d’une lettre qui provient d'une admiratrice de Durtal. Cette lectrice, Hyacinthe Chantelouve, est mariée à un écrivain catholique de  petite envergure.
 Durtal est fortement attirée par cette femme qui s'offre à lui mais leur relation charnelle se révèle être un échec... Etrangement,  Hyacinthe a la peau froide comme celles d’un succube, ces démons femelles qui viennent violer les hommes pendant leur sommeil...

 

Un peu d'avis...

Voilà un roman qui se lit avec une facilité déconcertante, ce qui contraste avec A Rebours que je n'ai jamais réussi à finir Shame on me ! Contrairement à d'autres de ses romans, les descriptions - si elles sont fines et précises- ne sont pas du tout la trame du livre. Ce roman a une véritable intrigue, celle d'un écrivain qui tente d'écrire sur un personnage complexe, celui de Gilles de Rais. J'ai adoré les mises en abyme qui permettent au lecteur de découvrir des passages du propre livre de Durtat. En effet, le personnage de Gilles de Rais est résolument fascinant : de son parcours avec Jeanne d'Arc jusqu'à ses meurtres sanglants, vous saurez tout.

Durtal va finir par être fasciné par Gilles de Rais qui a conclu un pacte d'un nouveau genre avec le diable. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a tout donné pour le satisfaire. Ames sensibles, s'abstenir... Le satanisme est donc au coeur du roman avec tout son lot de folklore : le passage de la messe noire est cultissime! Huysmans ne se doutait sûrement pas en l'écrivant qu'il lui coûterait très cher. Ecrivain décadent -et c'est peu dire -, il n'est toujours pas édité en Pléiade, ce qui laisse songeur sur les choix éditoriaux de la collection. En effet, ce roman, écrit avec un style imparable, offre une peinture puissante  de la société de l'époque et de ses marrotes dont Huysmans se moque allégrement. Le personnage de Durtal nage à contre-courant: il préfère la religion à la science, le symbolisme au naturalisme, le satanisme à l'occultisme...

Ancien affilié à l'école naturalisme, Huysmans tacle Zola et ce roman est avant-tout une manière de se dégager officiellement du mouvement. L'auteur de Là-bas se place très clairement dans de plus hautes sphères : il ne sera plus l'écrivain des bouges et de l'ordure. Tout le passage de la montée jusqu'en haut de Saint-Sulpice est en cela symbolique: Huysmans est l'écrivain du céleste, du divin...Même si sa prose est loin d'égaler d'autres écrivains catholiques - inégalable Bernanos-, il amorce un retour à la religion, -ce qui est courageux dans une époque on l'on ne jure que par Charcot- , à la beauté, à la joie...

Il n'empêche que malgré ses efforts, il se dégage de certaines pages de Là-bas un kitch absolu qui fait que son pari est loin d'être gagné. Aussi, Huysmans n'est pas un classique comme les autres: il a beaucoup misé sur l'humour et le grand-guignol. Au-delà de l'écriture "artiste", précieuse sans être ampoulée, il faut voir dans Là-bas une critique acerbe de son époque: le livre ne pourra être compris sans un bon second degré... Là-bas est donc un roman à la fois grave et léger, bien écrit et facile à lire.  Une belle découverte... 


Ce livre rentre dans le cadre du challenge de Cess.

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 07:28

images-copie-10C'est parti pour un grand classique aujourd'hui, Les Diaboliques de Barbey d'Aurevilly, un recueil de nouvelles qui a inspiré et continuer d'inspirer encore de nombreux auteurs...


Un peu d'histoire...

On rencontre dans Le Rideau Cramoisi, le vicomte de Brassard, un dandy, qui raconte l'aventure qui lui est arrivée alors qu'il était jeune officier en pension chez un couple de bourgeois. La fille du couple s'est mise à le séduire de façon peu classique pour l'époque... 

 Dans Le plus bel amour de Don Juan, le comte de Ravila relate à un dîner où sont réunies toutes ses anciennes maîtresses ce qui fut son plus bel amour. Si ces femmes espèrent toutes se reconnaître dans ce récit, aucune ne s'attend à ce qui va suivre... 

Le Bonheur dans le crime, l'une des nouvelles les plus longues, raconte l'histoire d'amour peu orthodoxe entre le comte de Savigny, un homme marié et Hauteclaire, son maître d'armes...

Les dessous de cartes d'une partie de whist met en scène la comtesse de Stasseville, une femme énigmatique qui cache un secret terrifiant mais insoupçonnable..

Dans À un dîner d'athées, les convives d'un dîner interrogent le commandant de Mesnilgrand qui, bien qu'étant athée reconnu, a été vu sortant d'une église. Il se met à raconter à l'assistance comment il en est arrivé là...

Enfin dans La vengeance d'une femmela duchesse de Sierra-Leone, l'épouse d'un des plus grands seigneurs d'Espagne, raconte comment elle s'est en est arrivée à se prostituer pour se venger de son mari... 

 

Un peu d'avis... 

Ces nouvelles sont toutes terrifiantes à leur façon car on y découvre les tréfonds de l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus ignoble, de plus secret, de plus vile. Ce sont autant de lucarnes par lesquelles on aperçoit  l'intériorité d'être exceptionnels dans leur passion et leur bassesse. Les héros de Barbey d'Aurevilly n'en sont justement pas : ils ont tous des défauts si pregnants qu'il est bien difficiles de les voir autrement que ce qu'il sont réellement, à savoir des pécheurs. Tous s'enfoncent dans un péché noir, en parfaite connaissance de cause et  y prennent un certain plaisir. Aucun n'est donc véritablement innocent, même pas la fillette du Plus bel amour de Don Juan... 

 Ce qui est surprenant, c'est que le lecteur parvient, malgré tout, à les comprendre, et même à être touché par eux. C'est par là sans doute que Barbey rachète leur rédemption d'une certaine façon. Comment ne pas être touchés par cette passion qui les assaille et contre laquelle ils ne peuvent lutter ? Passion amoureuse, charnelle, qui les dévaste littéralement. L'amour est bien au coeur de toutes ces nouvelles, constituant le fil rouge qui les relie. C'est parce qu'ils sont sous l'emprise de la passion qu'ils s'adonnent à des défauts au final bien banals : orgueil, jalousie, mensonge, luxure...Les héros de Barbey ont en commun de ne plus être eux-mêmes car la passion les a transformés. Le lecteur peine à savoir qui ils sont réellement car ils brouillent les pistes, mentent, pour masquer leur passion corruptrice qui a pris le visage du péché.   

Est-ce par là qu'il sont véritablement diaboliques ? La question reste ouverte car le Diable reste le grand absent de l'oeuvre. Il n'y est fait que très rarement mention dans ces nouvelles... En revanche, on le retrouve partout dans la bouche des personnages : les "que diable!" et "oh diable" se muliplient, non sans ironie. Et si le Diable, après tout, résidait dans les mots ? Il s'agit là sans doute d'un point non négligeable dans ces nouvelles car la parole y a une importance fondamentale. Les personnages se jouent du langage : mensonges, ironie, mots à double entente, non-dits... Ils déploient chacun à leur façon des trésors d'inventivité pour que leur secret ne soient pas révélés. Car au final, c'est moins leurs péchés qui les rend diaboliques que leur façon de cacher ces péchés. Pour les garder secret, ils sont prêts à tout... et surtout au pire.      

 

 

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