Vendredi 24 septembre 2010
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Dans les questions que je me suis posées cette semaine, il y a en vrac: une retardée mentale peut-elle planifier un crime
? (si la réponse est oui, je peux avoir peur de mes 6e) Doit-on vraiment travailler plus longtemps pour gagner rien ? Les otages enlevés en Afrique sont-ils vivants ? Les puissants décident-ils
vraiment lors du G 8 quelle population doit vivre et quelle autre doit crever ? Vais-je réussir à m'inscrire à l'université un jour ? Le constat n'est guère brillant, ma santé mentale non plus...
Mais attention cette semaine, je délaisse mes envies de gaz pour adopter une forme de dépression plus glamour -inventée par les stars hollywoodiennes elles-mêmes- qui consiste à vouloir se
teindre en blonde, engloutir des caisses de champagne et parler de livres à la mode. Pour ce dernier point, je remercie Blog-O-Book, ainsi que les
éditions Robert Laffont grâce à qui c'est possible: je vais pouvoir parler du dernier BEE qui est selon moi la sortie la plus excitante de
cette rentrée littéraire.
Un peu d'histoire...
Le temps a passé depuis que Clay, héros du premier roman de BEE, Moins que zero, jouait les observateurs
d'une Los Angeles en pleines déliquescence. Notre héros n'a pas beaucoup aimé ce roman d'ailleurs, qui collait peu à la réalité, et encore moins son adaptation cinématographique (Neige sur
Beverly Hills en français qui ne vaut que pour la prestation du jeune Robert Downey Jr). C'est par ce constat amer que commence Suite(s) Impériale(s)...Désormais, Clay, devenu
scénariste, vit à New-York mais il revient à LA pour un nouveau projet de film. Il y retrouve ses anciens acolytes: Blair, mariée à Trent, Julian, toujours glauque, et Rip, inquiétant à souhait.
Et comme si la vie n'était pas assez compliquée, Clay rencontre la troublante Rain Turner au cours d'un casting. Bien que trop vieille pour le film, il lui fait miroiter un rôle et n'hésite pas à
utiliser les points faibles de la jeune fille pour parvenir à ses fins...Clay n'est en effet plus l'observateur passif/tendance victime/un peu dépressif; il est devenu actif/tendance bourreau/un
peu alcoolique...Clay et Rain mènent la grande vie pendant quelques jours et là exit le valium, la cocaine et les snuff movie de Moins que zero; bonjour le xanax, le champagne, et
le hard-porn... Pourtant, Clay ne va pas tarder à déchanter quand il se croit suivi... Mais par qui ? Bientôt la vie de Clay va tourner au véritable cauchemar...
Un peu d'avis...
Ce n'est pas peu dire que de dire que l'on retrouve Clay en meilleure forme que dans Moins que
zero. Il a fui l'univers aseptisé de L.A pour New-York... mais il constate que rien ne se passe là-bas.
Aussi, quand il revient à L.A, son envie de voir les choses bouger est pressante. Car Clay s'ennuie toujours autant et ce néant qui l'habite est autant palpable -si ce n'est plus- que dans
Moins que zero. BEE a d'ailleurs choisi de nous raconter une fois de plus la vie de son "héros" (sic) sous la forme de fragments. La question est de savoir si Clay a désormais la
possibilité de lutter contre ce vide...
Et le lecteur ne tarde pas à avoir la réponse: dans Moins que zero, Clay était aspiré par ce vide, dans
Suite(s) impériale(s), c'est lui qui le créé. Clay, pur produit d'une société aliénée, aspire dans sa toile, ou plutôt son trou noir, tous les désespérés qu'il
croise. Cet homme ne semble avoir pas conscience de la réalité des autres, et même au coeur de l'Enfer, il
reste stoique. Sa curiosité avide l'emporte sur le reste: il se moque de ce qui peut arriver, tout ce qu'il veut, c'est y assister. Aussi, il est devenu très dangereux, peut-être autant que son congènère, le "psycho" Patrick Bateman. Car Clay a désormais le premier rôle
dans ce qui peut se résumer comme étant un massacre de l'humanité... Devenu arme de destruction massive, il
broie tout sur son passage: rien ni personne ne lui résiste.
Pour autant - et c'est la subtilité de BEE- Clay n'apparait jamais comme quelqu'un d'entièrement mauvais. Ses éclairs de
lucidité -si intenses dans Moins que zero- sont toujours présents, bien que beaucoup plus fugaces. On notera cependant un excipit très réussi, à la fois émouvant et terriblement lucide, qui ne
laissera aucun lecteur indifférent. Clay est-il finalement le bourreau ou la victime ? Ce qui est sûr, c'est que Clay souffre de ce vide intérieur qui a aspiré tout élan de joie, toute émotion,
toute sérénité en lui. Et on peut se demander comment il est possible de vivre lorsque l'on a perdu tout ce qui faisait de nous un être humain...
Le regard que porte BEE sur notre
époque est encore plus noir que celui qu'il portait sur les années 80. Le constat est sans appel: nous vivons dans une société où l'humain a disparu, où les "tu me plais" ont remplacé les "je
t'aime", où les rires n'ont plus d'écho, où les larmes sèchent d'elles-mêmes car il n'y a personne pour les essuyer. Nous sommes inconditionnellement et irrévocablement seuls. Et si Clay incarne
l'individualisme porté à son paroxysme, ses amis ne sont pas en reste non plus. La nouvelle recrue -Rain
Turner- est la quintessence des fausses valeurs prônées par notre société: l'argent, l'apparence et le xanax. Elle est probablement l'un des plus beaux monstres créés par BEE car n'ayant rien à
perdre, elle n'hésite pas à tout faire pour gagner.
Lorsque l'on referme ce livre -que je trouve véritablement réussi- on ne peut s'empêcher d'espérer que la société dépeinte
par BEE n'est pas la nôtre. Mais malheureusement, on ne tarde pas à se rendre compte que tout cela est bien réel: Moins que zero décrivait le désespoir, Suite(s) impériale(s)
nous montre l'horreur. Ma santé mentale n'est pas prête de s'arranger...